Rudolf Steiner et conscience extraneuronale

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Une personne qui découvre l’œuvre de Rudolf Steiner sans prévention ne peut être qu’interloquée par l’étendue de ses connaissances. L’écrivain Stefan Zweig, un de ses contemporains, en disait par exemple : « C’était passionnant de l’écouter parce que sa culture était stupéfiante, d’une diversité grandiose, surtout pour nous qui étions limités à la littérature ». Depuis un siècle, un nombre grandissant de personnes reprennent les idées de R. Steiner dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la pédagogie et la médecine.

Face à un tel phénomène, le questionnement naît de lui-même : qui était Rudolf Steiner ? D’où puisait-il toutes ses connaissances ?

 

Peut-on répondre à cette question à partir de sa formation ? Après l’école primaire et secondaire dans sa région natale, à la frontière entre l’Autriche et la Croatie actuelles, il fit des études techniques à Vienne, puis un doctorat en philosophie. Participant à une revue littéraire, il fréquentait assidument les salons et les cafés de Vienne et de Weimar.  Son premier travail fut l’édition des œuvres scientifiques de Goethe. Très curieux et ouvert, il était donc complètement immergé dans la vie intellectuelle de son époque. Et toute sa vie, il continuera à lire énormément, dans tous les domaines : sciences naturelles et sociales, littérature, philosophie, théologie, histoire etc. Sa bibliothèque, en partie conservée, contient plusieurs milliers de livres, en partie annotés, certains dont les pages sont retirées, car il ne voulait s’encombrer de poids inutile pour ses voyages et emportait parfois seulement les pages qu’il voulait lire. Pour ce qui est de ses connaissance ésotériques, il baigna plusieurs années dans le milieu théosophique.

Il est donc évident qu’une partie des connaissances de Rudolf Steiner provenait de ses lectures et de ses contacts personnels. Mais tout cela ne suffit pas pour expliquer certaines de ses idées, parfois très étonnantes, complètement nouvelles par rapport à tout ce qu’on pouvait dire à son époque et encore à la nôtre. En particulier, dans les dernières années, il pouvait donner plusieurs conférences par jour, sur des sujets  différents ; il semblait intarissable. La question subsiste donc : d’où tirait-il une telle profusion d’idées ?

Une nouvelle hypothèse concernant la conscience

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Lettre ouverte à Jean-Baptiste Malet 

À propos de l’article L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme, Le Monde diplomatique, juillet 2018

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On est fatigué de lire encore et toujours en France le même genre de critiques mille fois réfutées vis-à-vis de l’anthroposophie et de Rudolf Steiner. Les détracteurs de l’anthroposophie connaissent bien les thèmes qu’il faut brandir pour discréditer le mouvement et son fondateur, ces grands thèmes bateau qui font frémir – à juste titre – la sensibilité française : nazisme et pangermanisme, racisme, irrationalité ésotérique et obscurantisme, prétendues manipulations financières. En somme, encore et toujours l’accusation de « secte », même si le mot n’est pas utilisé directement, sans doute par prudence, pour s’épargner le risque d’un procès.

Pourtant, ces thèmes ont déjà été largement étudiés, non seulement par des défenseurs de l’anthroposophie, mais également par des enquêtes indépendantes, y compris parlementaires. L’innocuité du mouvement anthroposophique a été mainte fois prouvée par différents procès[1]. Des nombreuses initiatives inspirées par l’anthroposophie ont été reconnues à large échelle. Un dernier exemple en date : Sekem, un domaine cultivé en biodynamie, fondé en Égypte il y a 40 ans à l’initiative du Dr Ibrahim Abouleish, anthroposophe et musulman, qui a reçu cette année le prix de la paix luxembourgeois[2]. Malgré ces études et toutes ces preuves, les préjugés et les rumeurs ont la vie dure. On ne comprend pas non plus que malgré leur caractère de toute évidence excessif et insultant, les propos de Grégoire Perra puissent encore servir de référence, y compris à un journaliste qui publie dans le Monde diplomatique. Il faut donc quand même reprendre la plume, car il en va de la vérité des faits et de la liberté de pensée, de la possibilité, dans ce pays qui se veut défenseur de la liberté, de garder le droit de penser et d’agir en admettant que le monde ne se limite pas forcément à sa dimension matérielle-sensible, qu’il a peut-être aussi une dimension suprasensible ou spirituelle, peu importent les mots.

Nazisme, pangermanisme ? Voici par exemple ce qu’Hitler a dit à propos de Rudolf Steiner : « Le gnostique et anthroposophe Rudolf Steiner est adepte de la triarticulation de l’organisme social et d’autres méthodes juives destinées à ruiner l’état intellectuel des peuples…(…) Et qui trouve-t-on comme moteur derrière toutes ces diableries ? Le Juif, ami du Docteur Rudolf Steiner »[3]. On ne trouve pas tellement de sympathie là-dedans, me semble-t-il. Les écoles Waldorf ont été fermées par les nazis dès leur arrivée au pouvoir. Que parmi les anthroposophes allemands, déjà relativement nombreux à l’époque en Allemagne, certains aient eu des accointances avec le nazisme, c’est indéniable. Dans quel milieu allemand des années 1930 cela n’a-t-il pas été le cas ? Ce passé est laissé dans l’ombre par les anthroposophes, croit « révéler » Malet… Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils en ont honte ! Comme ils ont honte de ce que leur pays ait été le lieu de cette horreur. Cette honte est bien le signe qu’ils veulent, au contraire des mouvements d’extrême-droite allemands qui s’en réclament, se démarquer radicalement de tout ce qui ressemble au nazisme. Parce qu’il est évident pour les anthroposophes que le nazisme, le pangermanisme et le racisme sont en totale opposition avec l’esprit de l’anthroposophie.

Rudolf Steiner a parlé de l’âme et de l’esprit des peuples, et dans ce cadre, il a décrit son interprétation de la tâche de différents peuples, dont le peuple allemand. En aucun cas il n’a prôné de pangermanisme. En aucun cas il n’a utilisé la mythologie germanique comme appui pour fonder une « idéologie ». Il l’a étudiée au même titre qu’il a parlé par exemple du Zoroastrisme, du Bouddhisme et de bien d’autres courants spirituels et religieux, pour aboutir à une vaste fresque où chaque peuple, chaque religion trouve son sens dans l’évolution de l’humanité. Il voyait comme tâche pour l’esprit allemand de contribuer au développement de la liberté individuelle. Pour rappel, son ouvrage initial et principal a pour titre « la Philosophie de la liberté ». Le cœur de cette thèse est que nous en sommes arrivés à une époque où l’être humain ne veut plus et ne doit plus se soumettre à une autorité morale extérieure, fût-elle religieuse, mais où chaque individu doit chercher en lui-même la vérité et les motifs de ses actions. C’est à partir de cette pensée centrale qu’il faut relire tout son édifice conceptuel et non à partir de quelques citations retirées de leur contexte. Lire la suite « Lettre ouverte à Jean-Baptiste Malet « 

Sens de la souffrance

Croix bleue

 

La souffrance vient à notre rencontre, de différents côtés, inévitablement. Et il y a tellement de manières de souffrir… ! Par la maladie, toutes les sortes de douleurs physiques, les séparations, les conflits, les déséquilibres psychiques.

 Faut-il chercher à l’éviter, la fuir ? Tenter d’en déraciner la cause ?

Certains courants ascétiques recherchent la souffrance comme un but en soi, jusqu’à y trouver une forme de jouissance qui se rapproche de perversions maladives.

 Il existe une troisième voie. Non pas la rechercher pour elle-même ni chercher à la fuir, mais l’accueillir dans un certain esprit lorsqu’elle fait irruption. Il est possible d’y trouver un sens, de la recevoir et de la vivre comme une part du mystère du monde, de pressentir qu’elle permet d’engendrer l’humain.

 Voici la traduction d’une conférence de F. Benesch et quelques citations qui permettent d’ouvrir des perspectives dans cette direction.

En version PDF :  Sens de la souffrance

La Passion de Jésus Christ – Force de rédemption pour les hommes

Friedrich Benesch – Conférence donnée à Freiburg le 21 mars 1976[1]

Il y a bien des siècles déjà, survint dans l’humanité un grand messager de la souffrance. L’annonce du grand Bouddha apparaît, lumineuse : « La vieillesse est souffrance – la maladie, la séparation, la mort sont souffrance, être séparé de ce qui nous attire est souffrance – être lié avec ce que nous rejetons est souffrance ». Bouddha trouve l’origine de la souffrance dans la soif d’exister, car lorsque celle-ci s’éteint, la souffrance cesse également. Quelle est l’issue de cette voie ? Car elle signifierait : s’éloigner de la terre.

Quelle est la nature de ces souffrances qui apparaissent sous la forme de douleurs corporelles ? Ces douleurs étranges, purement physiques, qui donnent l’impression d’être perforé, piqué, brûlé ou rongé ? Où plongeons-nous alors, qu’est-ce donc pour un monde ? Ou alors, regardons la douleur psychique, la souffrance psychique : l’affliction, le souci, la dépression, la privation, etc. Et finalement, la souffrance spirituelle. On dit toujours qu’il n’y en aurait pas. Pourtant, elle existe aussi. Par exemple, la souffrance purement spirituelle de Faust lorsqu’il se confronte à l’énigme de l’univers, à l’impossibilité de déchiffrer les mystères dans lesquels l’homme est placé. On peut aussi évoquer ce qui peut accabler certaines personnes : le vécu, purement spirituel, de l’absence de sens de l’existence.

Où sommes-nous, lorsque nous sommes plongés dans ce monde de la douleur corporelle, dans le domaine de la souffrance et de la douleur psychique et celui de la souffrance spirituelle ?

Il ne faudrait pas croire que nous seuls, êtres humains, avons part à ce monde de souffrance. Lire la suite « Sens de la souffrance »

Les cadeaux de Noël

Auf Deutsch

À Noël comme à la Saint Nicolas, des cadeaux sont apportés dans la nuit. Quel peut être le sens de cette tradition, encore tenace, au moment de la grande « nuit de l’année » ?

Chagall

Les cadeaux venus dans la nuit

Comment se fait-il que dormir donne des forces ? Au long de la journée, alors que le soleil accomplit sa course dans le ciel, l’homme travaille, la conscience en éveil. Le soir, le soleil s’incline à nouveau vers la terre, la fatigue rend les membres lourds et l’esprit se fait plus lent. L’envie vient de se coucher et de s’abandonner au sommeil. Le lendemain au réveil, les forces sont là pour se tenir debout sans effort, reprendre ses activités et travailler. Les sentiments sont apaisés et la pensée est plus active. Parfois même, nous nous réveillons avec une idée qui résout un problème qui, la veille encore, paraissait insoluble. D’où viennent ces nouvelles forces ? Car des forces viennent toujours de quelque part… Lire la suite « Les cadeaux de Noël »

La Communauté des chrétiens et le spectre de la secte 

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Le mot « secte » effraie. Il désigne une nébuleuse de mouvements méconnus. Ce qui est méconnu fait peur, ceci est vrai dans toutes les cultures et toutes les époques.

L’anthropologue M. Singleton1, qui a vécu en Afrique dans un milieu traditionnel, racontait qu’un jour, un villageois lui révéla que les gens le craignaient et le considéraient comme un « sorcier ». Pourquoi ? Pour un Africain vivant dans un milieu traditionnel, un Blanc est habituellement habillé en costume et cravate et il vit selon les coutumes occidentales. Or par volonté d’intégration, M. Singleton s’habillait comme les Africains et vivait parmi eux, dans une case du village. C’est précisément ce qui inquiétait les villageois. Ils avaient du mal à situer cet Européen « hors catégorie ». Peut-être était-il détenteur d’une sorte de pouvoir magique maléfique ?

Dans les années 1980-90 s’est levé en France et en Belgique un vent de panique par rapport aux sectes, justifié notamment par les massacres collectifs commis par « l’Ordre solaire » en 19952. Durant cette période, on avait entrepris en Belgique et en France des enquêtes parlementaires sur les sectes3. Il est un fait que certains mouvements utilisent des moyens de suggestion et de manipulation qui bafouent la liberté de leurs membres. Ils arrive qu’ils isolent leurs enfants de la société et extorquent de l’argent. À noter que de tels mouvements peuvent être minoritaires mais aussi majoritaires, on pense par exemple aux totalitarismes d’État tels le nazisme ou le communisme, actuellement à des groupes tels que l’EI. Quel que soit le caractère d’un mouvement, il est juste que chaque acte criminel, chaque abus tombe sous le coup de la Justice. Lire la suite « La Communauté des chrétiens et le spectre de la secte « 

Lettre ouverte à Paul Aries

aries

Stuttgart, le 5 septembre 2001

Monsieur,

Venant de terminer la lecture de votre ouvrage sur l’anthroposophie, je souhaite entrer en dialogue avec vous.

Peut-être est-il bon que je me situe tout d’abord. Belge, de milieu catholique, je me suis à l’adolescence identifiée profondément avec ce que je qualifierais comme les tendances progressistes chrétiennes de gauche. Après une licence en sociologie à Louvain-la-Neuve, je suis partie avec mon mari travailler au Pérou, dans le mouvement de la théologie de la libération. De retour en Belgique, toujours en recherche d’une cohérence de vie sur les plans social, écologique et spirituel, nous avons fait la connaissance de l’anthroposophie et du mouvement qui s’y rattache. Enthousiasmés par ce que nous découvrions, nous avons participé comme parents à la fondation d’une école Waldorf en Belgique francophone, dans laquelle j’ai travaillé cinq ans comme enseignante. Nous vivons actuellement à Stuttgart où je poursuis une formation de prêtre de la communauté des chrétiens.

Je voudrais tout d’abord saluer la publication d’un tel ouvrage en langue française, Lire la suite « Lettre ouverte à Paul Aries »