Bien plus qu’une sagesse

Peint. MAW

Évangile de Luc 11, 14-36

Alors que les foules s’amassaient, il leur dit : les hommes de cette génération ont perdu le lien avec leur être véritable. Ils recherchent un signe extérieur de l’Esprit, mais il ne leur en sera pas donné d’autre que le signe de Jonas. De même que Jonas est devenu un signe pour les habitants de Ninive, ainsi en sera-t-il du fils de l’Homme pour cette génération-ci. Lire la suite « Bien plus qu’une sagesse »

Transfiguration

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Il nous arrive couramment d’être transfigurés et de voir un autre transfiguré : quand nous sommes amoureux. Nous voyons l’objet de notre amour comme le plus beau, paré de toutes les qualités, de tout ce qu’il peut développer potentiellement de plus grand. L’autre rayonne d’une lumière particulière, une lumière purement intérieure, qui n’a rien de physique ou d’extérieur. Ceux qui ne sont pas amoureux de cette personne ne perçoivent pas cette lumière : ils peuvent peut-être remarquer, s’il la connaissent bien, qu’elle a l’air plus heureuse, plus épanouie, mais ce que perçoit celui qui est amoureux est d’une autre nature.

En même temps, ce regard transforme l’autre, le transfigure aussi : se savoir aimé, reconnu nous épanouit, nous rend effectivement plus « rayonnant ». Dans une relation amoureuse, on peut dire que nous sommes réellement « clairvoyant » et que nous nous « transfigurons » mutuellement. Et nous nous sentons vivant comme jamais, plein d’énergie : nous recevons de nouvelles force de vie. Mais cet état qui nous est « tombé dessus », sans que nous ne fassions rien pour cela, ne dure généralement pas tellement longtemps, la vie commune quotidienne se charge d’éteindre ce regard. Alors continue l’aventure de la vie à deux : retrouver, cultiver ce regard clairvoyant volontairement, consciemment, pourrait-on dire.

De telles expériences permettent de pressentir ce que peut signifier la transfiguration du Christ, même il s’agit chez lui d’une lumière d’une intensité infiniment élevée. Le Christ a préparé la vision intérieure de trois de ses apôtres en les emmenant à l’écart, et sur une haute montagne ; il s’agit pour eux d’un moment d’initiation. Par cette préparation, ils sont en mesure de percevoir sa nature divine solaire rayonnante, ainsi que sa grandeur spirituelle qui surmonte le temps, puisqu’ils le voient s’entretenir avec Moïse et Elie. Il se révèle à eux en tant qu’« illuminé », le stade qu’atteint le Bouddha tout à la fin de sa vie. La tentation dans le désert révèle que son Je divin solaire est parvenu à la maîtrise du corps des sentiments, le corps astral[1]. Lors de sa transfiguration, il pénètre, maîtrise encore plus profondément la nature humaine, jusqu’au corps de vie, le corps éthérique.

Mais pour le Christ Jésus, le chemin ne s’arrête pas à  l’illumination, il veut descendre plus profondément encore dans la nature humaine, jusque dans le corps physique. Il veut pénétrer l’être humain jusque dans ses plus grandes profondeurs, pour que chacun puisse ensuite prendre à sa suite le chemin de maîtrise des forces liées au monde physique et matériel. Cette étape finale passe par la souffrance psychique et physique et la confrontation avec la mort. Même si Pierre voudrait bien que cet état de béatitude dure encore – construisons trois tentes ! -, il leur faut redescendre de la montagne, et poursuivre le chemin vers Jérusalem, vers la passion et la croix.

Matthieu 17

Au lever du sixième jour, Jésus emmène avec lui Pierre, Jacques et son frère Jean et les fait monter sur une montagne élevée, à l’écart. Et il fut transfiguré devant eux. Sa face brilla comme le soleil et ses vêtements devinrent resplendissants comme la lumière. Et voici qu’ils virent Moïse et Élie qui s’entretenaient avec lui.

 Prenant la parole, Pierre dit à Jésus : Seigneur, il est bon que nous soyons ici, si tu veux je monterai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. Alors qu’il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les recouvrit de son ombre. Et voici qu’une voix venant de la nuée dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en lui ma pensée se révèle, écoutez-le ». En l‘entendant, les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d’une grande frayeur. S’approchant d’eux, Jésus leur dit : Éveillez-vous, et n’ayez pas peur. Levant les yeux ils ne virent personne d’autre que Jésus, seul. Descendant de la montagne, Jésus leur fit cette recommandation : ne parlez à personne de cette vision jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit éveillé d’entre les morts.

[1] On peut comprendre l’être humain comme constitué de quatre « corps » ou dimensions qui s’interpénètrent : le corps physique (commun avec les règnes minéral, végétal et animal), le corps de vie ou corps éthérique (commun avec les règnes végétal et animal), le corps des sentiments ou corps astral (commun avec le règne animal) et le Je, purement humain.

Une générosité inconcevable

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Nous évoluons dans un monde qui compte et mesure tout, et où ce qui appartient à l’un ne peut appartenir à l’autre. Nous transposons même cette logique dans le domaine de l’humain : il y a le plus fort, la plus jolie, le plus travailleur, celui qui a le plus de mérite, le plus intelligent, et même : le plus spirituel.

Il existe pourtant un monde où ce qui est donné à l’un peut en même temps être donné à l’autre et où les comparaisons n’ont plus aucune raison d’être. Là, ce n’est plus une justice comptable qui règne, mais une générosité inconcevable. Et ce n’est plus le résultat qui importe, mais le désir de donner de soi, de devenir plus humain et de se savoir encore incomplet, en recherche, en évolution. Ce lieu existe en chacun. Il s’ouvre là où nous nous laissons surprendre par un point de vue totalement nouveau. L’évangile le nomme :  le « royaume des cieux ».

 

Matthieu 20, 1-16

Le Royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit de grand matin pour embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il convint avec ses ouvriers d’une pièce d’argent pour la journée et les envoya dans sa vigne. Sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient sur la place, sans travail, et il leur dit : Allez vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. Ils y allèrent. Sorti de nouveau vers la sixième heure, puis vers la neuvième, il fit de même. Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : Pourquoi êtes-vous restés là tout le jour sans travail ? C’est que, lui dirent-ils, personne ne nous a embauchés. Il leur dit : Allez vous aussi à ma vigne. Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers et remets à chacun son salaire, en commençant par les derniers, pour finir par les premiers. Ceux de la onzième heure vinrent donc et reçurent chacun une pièce d’argent. Les premiers, venant à leur tour, pensèrent qu’ils allaient recevoir davantage ; mais ils reçurent eux aussi chacun une pièce d’argent. En la recevant, ils murmuraient contre le maître de maison. Ces derniers venus, disaient-ils, n’ont travaillé qu’une heure, et tu les traites comme nous qui avons supporté le poids du jour et la chaleur. Mais il répliqua à l’un d’eux : Mon ami, je ne te fais pas de tort ; n’es-tu pas convenu avec moi d’une pièce d’argent ? Emporte ce qui est à toi et va-t-en. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ? Ou alors vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon ?

Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers.

(Traduction Fr.Bihin)

Recherche d’équilibre

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Le mal qui tue nous guette dans les extrêmes.

D’un côté : l’isolement, le froid, l’obscurcissement, la sclérose.

De l’autre : la fusion, le brûlant, l’éblouissement, la dissolution.

L’équilibre ne se trouve pas dans la peur des extrêmes, mais dans un dialogue permanent avec eux, dans l’expérience de l’un, puis de l’autre. La vie – le bien – se développe dans une oscillation permanente et mouvante, dans cette recherche quotidienne.

 

À partir de Matthieu 4, 1-11 :

Alors Jésus fut conduit par l’Esprit au désert pour y être mis à l’épreuve par le diable – celui qui divise. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, finalement il eut faim. S’approchant, le tentateur lui dit : Si tu es fils de Dieu, dis à ces pierres de devenir pain ! Répondant, il lui dit : il a été écrit : l’homme ne vivra pas seulement de pain, mais aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Alors le diable l’emmène dans la ville sainte, le place sur le faîte du temple et lui dit : si tu es fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : il donnera pour toi des ordres à ses anges et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. Jésus lui déclara : il est aussi écrit : tu ne mettras pas à l’épreuve le seigneur ton Dieu. La diable l’emmène alors sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes de la terre avec leur gloire et lui dit : tout cela, je te le donne si, tombant, tu te prosternes devant moi. Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : tu te prosterneras devant le seigneur ton Dieu, à lui seul tu rendras un culte. Alors le diable le laisse, et voici, des anges s’approchèrent et ils le servaient.

(Traduction Fr. Bihin)

Photo extraite du livre de T. Schwenk, Le chaos sensible, Triades

Fin de l’hiver

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À la fin de l’hiver, quand les arbres sont nus, chaque recoin de la forêt, chaque branche, le moindre bourgeon est touché par la lumière du soleil qui redevient de jour en jour plus vive, tout en se réchauffant. La végétation recommence à germer et à se déployer.

Là où je reconnais ma pauvreté intérieure, mon impuissance, je peux m’ouvrir plus largement à ce qui est nouveau, à une perspective radicalement différente, à ce qui vient d’un « autre côté ». Je peux me laisser inonder par la lumière de l’esprit qui féconde l’être.

 

D’après l’Évangile de Matthieu, chapitre 5, 3 :

Heureux les pauvres en esprit, ils trouvent le royaume des cieux en eux-mêmes.

(Traduction Fr. Bihin)

Photo Fr. Bihin

La parole, une graine

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« La semence, c’est la parole… »

Quelle parole est une graine ?

Une parole reçue. Dans l’enfance, un encouragement : « Vas-y, tu en es capable !  ».  Une parole de confiance qui s’enracine profondément, qui aide à grandir et donne du courage, encore adulte, pour entreprendre un nouvel apprentissage.

Une parole choisie. Quelle pensée de sagesse, quelle prière est-ce que je me détermine à semer dans ma mémoire, à cultiver avec patience, de sorte qu’elle germe, s’enracine en me donnant de croître, portant du fruit en moi et autour de moi  ?

La parole par excellence, c’est le verbe, en grec, le « logos ». Le verbe, dans la phrase, c’est le principe actif, le mot qui met en mouvement, qui donne vie.

« La semence, c’est le verbe de Dieu ».

Voilà ce que révèle le Christ à ses proches. Il parle de lui–même ! « La semence, c’est le Logos, le Verbe divin ».  « En l’origine était le Logos (…) il était la vie, la lumière (…) Tout est advenu par lui, tout a été créé par lui. (…) et le Logos est devenu chair.[1]» Il est la force qui a tout mis en mouvement dans l’univers, qui a ordonné le chaos selon une organisation vivante, mathématique et artistique. Il est à l’origine de la danse des planètes, du vent et des nuages, de l’eau qui jaillit, des formes et des couleurs admirables des plantes, parfois très fantaisistes des animaux. Il poursuit sa création en l’homme. Le Logos résonne aussi en moi, dans la pensée créatrice, comme entre les hommes, dans la parole échangée.  En chacun de ceux qui le reçoivent et le laissent s’enraciner en eux, aujourd’hui encore, il porte du fruit en abondance.

D’après l’évangile de Luc, chapitre 8, 4-14 :

Alors qu’une foule nombreuse se rassemblait, venant vers lui des villes, il parla par comparaison : Le semeur sortit pour semer sa semence. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin. Elle fut foulée au pied, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Une autre partie tomba sur la pierre, mais, ayant commencé à pousser, fut desséchée, faute d’humidité. Une autre partie tomba au milieu des ronces et, poussant avec elle, fut étouffée par les épines. Une autre partie, enfin, tomba dans la bonne terre et ayant poussé, produit du fruit au centuple. Disant ceci, il s’écria : celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !

Ses disciples lui demandèrent ce qu’était cette parabole. Il dit : à vous, il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu, mais pour les autres, c’est en images qu’il est annoncé, afin qu’ils voient même s’ils ne saisissent pas tout, et qu’ils entendent, même s’ils ne comprennent pas.

Cette parabole signifie ceci : la semence, c’est le Verbe divin. Au bord du chemin, sont ceux qui entendent, puis vient celui qui divise, et il retire la parole de leur cœur de peur que, leur confiance se renforçant, ils ne soient sauvés. Ceux qui sont tombés sur la pierre sont ceux qui accueillent la parole avec joie lorsqu’ils l’entendent, mais ils n’ont pas de racine ; ils croient un moment, et quand vient l’épreuve, ils s’écartent. Ceux qui sont tombés dans les épines sont ceux qui ont entendu et qui, à cause des soucis, des richesses et des plaisirs de la vie, sont étouffés en chemin et n’arrivent pas à maturité. Ceux qui sont dans la belle terre sont ceux qui ont entendu la parole d’un cœur honnête et bon ; ils la retiennent et portent du fruit à force de persévérance.

Personne en effet, n’ayant allumé une lampe, ne la recouvre d’un récipient ou ne la place sous un lit ; au contraire, il la place sur un support, afin que ceux qui entrent voient la lumière. Il n’y a rien de caché, en effet, qui ne doive être révélé, et rien de secret qui ne doive être manifesté au grand jour.

Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ! Car on donnera  à celui qui a fait sien ; quant à celui qui n’a pas accueilli, il lui sera retiré même ce qu’il croyait avoir.

(Traduction Fr. Bihin)

 

Photo – Fr.Bihin

[1] Référence au prologue de l’évangile de Jean.

Lettre ouverte à Paul Aries

aries

Stuttgart, le 5 septembre 2001

Monsieur,

Venant de terminer la lecture de votre ouvrage sur l’anthroposophie, je souhaite entrer en dialogue avec vous.

Peut-être est-il bon que je me situe tout d’abord. Belge, de milieu catholique, je me suis à l’adolescence identifiée avec ce que je qualifierais comme les tendances progressistes chrétiennes de gauche. Après une licence en sociologie à Louvain-la-Neuve, je suis partie avec mon mari travailler au Pérou, dans le mouvement de la théologie de la libération. De retour en Belgique, toujours en recherche d’une cohérence de vie sur les plans social, écologique et spirituel, nous avons fait la connaissance de l’anthroposophie et du mouvement qui s’y rattache. Enthousiasmés par ce que nous découvrions, nous avons participé comme parents à la fondation d’une école Waldorf en Belgique francophone, dans laquelle j’ai travaillé cinq ans comme enseignante. Nous vivons actuellement à Stuttgart où je poursuis une formation de prêtre de la Communauté des chrétiens.

Je voudrais tout d’abord saluer la publication d’un tel ouvrage en langue française, dans une édition autre que celles appartenant au mouvement proprement dit, ainsi que votre effort pour entrer dans un domaine aussi complexe que celui de l’anthroposophie et du mouvement qui s’y rattache. Il me semble urgent d’ouvrir le débat sur ce courant de pensée en pays francophones, et votre livre va en ce sens.

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