Le roi errant


Peinture de M.A Weulersse

Après l’ambiance du Noël des bergers – selon l’évangile de Luc- , la fête de l’Épiphanie plonge dans l’univers des rois, des « grands de ce monde ». 

Combien de rois, de mages viennent adorer l’enfant divin ? La tradition parle des trois rois mages, nommés Gaspard, Melchior et Balthasar. L’évangile de Matthieu ne précise pas le nombre des rois, mais de trois cadeaux qu’ils sortent de leurs coffres : l’or, l’encens et la myrrhe.

Ces trois substances précieuses représentent les qualités des rois de l’Antiquité. Ceux-ci étaient des « initiés », ils recevaient une préparation mystique pour être à même d’endosser leur responsabilité. Ces rois possédaient l’or de la Sagesse, car ils devaient assurer la prospérité de leur peuple. Ils utilisaient l’encens en tant que grands prêtres, pour accomplir l’offrande à l’autel et ils recevaient du monde divin les intuitions pour gouverner « de droit divin ». Ils étaient initiés à l’art de la médecine, d’où la myrrhe qui sert dans diverses préparations thérapeutiques et pour embaumer les corps des défunts. 

Se prosternant devant l’enfant, les rois venus d’Orient lui offrent ces trois substances royales, en reconnaissance de ce qu’il est le roi attendu depuis des générations, dont la venue était inscrite dans les étoiles. C’est en déchiffrant l’écriture du ciel qu’ils ont pu reconnaître en lui le médecin de l’univers, le grand prêtre, le Roi des rois appelé à régner sur toute l’humanité.

Dans l’évangile, il est question d’un autre roi, Hérode, l’image dévoyée du roi antique. L’or, il le recherche pour lui-même, pour son usage personnel – on trouve aujourd’hui encore en Israël des traces de plusieurs palais qu’il s’était fait construire. Le pouvoir lui monte à la tête. Contre-image du médecin qui veut la guérison et la vie, il fait massacrer les enfants de son peuple, par terreur de celui qui risquerait de faire de l’ombre sur sa toute-puissance.

Des légendes parlent aussi d’un quatrième roi mage, nommé parfois Artaban[1]. Celui-ci a manqué le rendez-vous avec les trois rois mages, du fait qu’il s’est arrêté pour soigner un blessé sur sa route. Comme cadeau pour l’enfant, il emporte trois joyaux, dont une perle de grand prix. La perle, cette merveille qui naît de la souffrance de l’huître qui, pour atténuer la douleur provoquée par un intrus, un grain de sable par exemple, l’enrobe de couches successives de nacre irisée. 

Toute sa vie, Artaban va poursuivre sa recherche solitaire du Roi des rois. Au fils des rencontres et des appels à l’aide, il va soigner, aider, dispenser ce qui lui reste de richesse. À la fin, il se dépouille même de ses joyaux et de retrouve les mains nues. Et ce n’est que tout à la fin de sa vie qu’il aura enfin la joie immense de rencontrer celui qu’il a cherché chaque jour,

Ce quatrième roi est à l’image de la royauté nouvelle apportée par le Christ, une royauté purement intérieure, la véritable noblesse du JE SUIS qui se forge en chacun au fil des expériences de la vie. Sa richesse consiste à se donner soi-même, à se mettre au service de tous ceux qui en ont besoin, sans distinction, de rester orienté vers la guérison de l’homme et de la terre. Cette royauté sans territoire accepte l’errance, la fragilité d’une recherche intérieure incessante du Roi des rois.


[1]Voir Henry van Dyke, « Le quatrième sage » Éditions IONA

2 commentaires sur « Le roi errant »

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