« Visages d’aube et d’humanité »

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Dans son dernier livre1, Christiane Singer décrit une expérience purement intérieure, vécue alors qu’elle souffrait de son cancer, peu avant sa mort. Elle révèle la dimension du Christ qui est tout le contraire « d’exclusif », qui « inclut », embrasse toute l’humanité : l’essence même de l’Humain. 

« Voilà la scène : la porte s’ouvre, un jeune prêtre vient m’apporter la communion ; il est flanqué de deux acolytes et porte l’ostensoir. Très sûr de lui, péremptoire dans sa gestique, entier contenu dans sa fonction, il commence de me fermer le coeur. Une lassitude me saisit. Je lâche au vent la voilure.

À l’instant où montent les paroles, « Le corps du Christ », fortement articulées, mes yeux s’entrouvrent : entre le prêtre et moi se tient le Christ. Mon saisissement est total. Aucune représentation ne m’eût jamais donné ce que je suis en train de vivre. Aucune. Car il n’y a personne qui se tienne là. Dans l’espace énergétique d’un corps d’homme sont contenues toutes les manifestations existantes du Christ, une infinie multitude de visages qui lui ont été donnés, de l’iconographie naïve à l’art le plus élaboré, de Grünewald à Michel-Ange, de Rembrandt à Rouault, de Cimabue à Rodin, du Pantocrator aux Jésus des Pardons de Bretagne. Tous les visages que j’ai réunis en moi depuis le tout début, visages d’aubes et d’humanité. Et tout cela est présent à la fois dans une vibration puissante et insoutenable. Pour une fraction de seconde, surnage un visage qui me sourit, un autre se tourne vers moi, même mon père surgit tel qu’il m’apparut une seule fois dans la vie à la fin d’un dialogue ardent. Je suis électrisée, en feu. L’intensité de cette superposition est indescriptible, et son prodigieux décryptage. Christs infinis de possibles renouvelés, habités, investis, enchevêtrement poignant. Je participe du devenir de ce Christ cosmique brassé par des océans de conscience. Nous sommes appelés, aspirés à en être tous…

Voilà une éternité que cela dure. Le jeune prêtre me salue, me souhaite une bonne amélioration, s’éloigne. La porte se ferme derrière lui. Mon visage est baigné de larmes, mes dents claquent. Je reste longtemps comme une araignée suspendue à un fil sous la vastitude de la coupole.

Depuis, ce Christ m’habite de sa haute vibration comme du ruissellement d’une fontaine. »

 

1 Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage, Albin Michel 2007

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