Into the wild: l’homme, la nature et la technique

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Ce film réalisé par Sean Penn en 2007 est un film culte de nombreux jeunes. Il retrace l’histoire vraie de Christopher Mc Candless, un jeune américain qui, après avoir décroché son diplôme universitaire, part à l’aventure. Dans le film son journal personnel, qui retrace le côté intérieur de sa quête, est étayé de citations de ses auteurs préférés, comme Jack London et Tolstoï.

C’est un jeune homme doué, entier, intrépide, à la recherche de l’absolu, de la vérité et d’une vie intense. Dégoûté par « la société », plus exactement par les relations basées sur le mensonge, en particulier la relation de ses parents, il veut aussi fuir ce monde basé sur l’argent et la recherche du pouvoir. Il quitte sa famille sans laisser de trace, abandonne sa vieille voiture dans un désert. Il brûle une partie de son argent et en verse le reste à l’Association Oxfam : il vivre sans argent, en tout cas sans l’argent reçu de son père. Il fait quelques petits boulots, passe quelques temps avec des clochards et des hippies, descend en kayak de manière complètement téméraire le Grand Canyon. Enfin, il décide d’aller en Alaska, pour répondre à son besoin impérieux de vivre seul, un certain temps, dans la nature sauvage. Il rassemble le matériel minimal, un fusil pour la chasse, un livre sur les plantes comestibles, reçoit d’un vieux trappeur quelques indications pour vivre dans la nature et part vers le grand Nord. Là, après avoir passé une rivière, il trouve un bus abandonné qui lui sert d’abri. L’hiver arrive, et il survit grâce à sa réserve de riz et la chasse de petit gibier. Enfin, après le long hiver, le printemps revient.

Durant quelques mois, il jouit de cette solitude qu’il recherchait, dans une nature somptueuse qui n’en finit pas de l’émerveiller. Tout en poursuivant ses lectures, il médite les souvenirs qui remontent de son enfance et de sa jeunesse. Il lui faut aussi survivre et organiser sa vie quotidienne. Peu à peu, il réalise que la vie, seul dans la nature, n’est pas si idyllique… Un jour, il abat un élan et se réjouit de toute cette viande. Mais il ne suffit pas de l’avoir abattu : il faut le dépecer, débiter et fumer la viande, ceci très rapidement, avant que les mouches n’y pondent leurs œufs. Il ne s’en sort pas, nage dans le sang de l’animal, et l’élan est gâché car bientôt, la viande grouille de larves : « Je n’aurais jamais dû tuer cet élan, c’est l’une des plus grandes tragédies de ma vie », écrit-il. Il redécouvre peu à peu les valeurs humaines à partir de cette solitude extrême : « Je réalise qu’il n’existe de bonheur que partagé ». Son cheminement intérieur l’amène aussi à pardonner à ses parents.

Enfin, un jour, il décide qu’il est temps de revenir vers le monde des hommes. Il boucle son sac, retourne à la rivière pour la traverser. Mais elle a grossi, et le courant en est tellement violent qu’il lui est impossible de la traverser. Désemparé, il retourne dans son abri. Sa réserve de riz est épuisée, il ne trouve plus de gibier, il maigrit à vue d’œil. Il cherche alors des plantes comestibles. L’une de celles-ci lui donne des coliques ; il vérifie dans son livre et réalise qu’il l’a confondue avec une autre, que celle qu’il a mangée est empoisonnée, et que sans traitement, elle est mortelle. Il est désespéré : « Ce n’est pas possible, c’est trop bête ! ». Alors qu’un ours rôde tout près, il écrit encore : « Je suis littéralement pris au piège de la nature ». Les symptômes de son empoisonnement progressent, inexorables, et il finit par mourir épuisé, seul dans son bus, le regard tourné vers le ciel. Des chasseurs découvrent son corps deux semaines plus tard.

Le succès de ce film chez un public jeune montre que, contrairement à ce qu’on entend parfois, que beaucoup de jeunes d’aujourd’hui ont encore un idéal, une quête d’absolu. Toute la difficulté est de parvenir à exprimer cet idéal et ensuite à l’incarner, à le réaliser. Sans doute que les expériences extrêmes qui sont recherchées, en particulier par les jeunes hommes, dans la vitesse, l’ivresse, les sensations qui leur font frôler la mort, appartiennent à cette soif d’absolu qui s’exprime d’une manière désespérée. Après tout, c’est bien la peur qui souvent nous fait renoncer à notre idéal pour nous enfoncer dans une vie sécurisante ; braver la peur fait partie de cette quête.

Ce film permet aussi de dépasser la représentation selon laquelle par essence, la nature serait bonne, par opposition à la société des hommes – liée au monde technique – qui serait pervertie, mauvaise. Cette vision idyllique, illusoire, est présente par exemple dans le film à grand succès, réalisé, justement par des moyens techniques extrêmement sophistiqués et coûteux et diffusé grâce à une publicité énorme : Avatar. Là, ces deux mondes  sont clairement présentés dans leur dichotomie : celui des hommes avec toute leur technique qui tue et détruit, et les « bons sauvages » qui vivent en communion avec la nature.

Dans l’expérience de Christopher McCandless, cette conception simpliste, qu’il partageait tout d’abord, est contredite par les faits: non, la nature n’est pas « gentille et pure », en soi. La nature que nous connaissons, en particulier en Europe, n’est plus sauvage : si elle est apaisante et source de joie, c’est qu’elle a été maîtrisée par l’homme, civilisée. Les personnes qui ont été dans les grandes forêts sauvages du Canada ou d’ailleurs le savent : il n’est pas question d’aller « s’y promener », car on n’y trouve tout simplement pas de chemin, et la menace de se perdre ou de se trouver face à des animaux sauvages menaçants exigent un équipement et une grande expérience. Sans parler des catastrophes naturelles. À l’inverse, la technique n’est pas « mauvaise » en soi, elle ne peut, pas plus que la nature, être pensée comme une force indépendante de l’homme. Dans notre monde, c’est de l’homme que surgissent les impulsions du bien ou du mal, la moralité. Ce film, ou plutôt l’histoire de ce jeune homme, replace l’homme au centre. L’être humain est appelé à devenir toujours plus conscient de sa responsabilité vis-à-vis de la nature, comme de la technique : il ne peut le faire qu’à partir d’une vie de l’esprit – cette quête de l’absolu – qui fonde sa moralité, celle-ci étant aussi le fondement pour la vie en société.

 

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